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L'allemand E.ON veut jouer un rôle important en France dans le nucléaire et les énergies renouvelables


Une place de choix digne de sa puissance et de ses compétences, pas un strapontin ! Le président du directoire de l'allemand E.ON, premier groupe européen d'électricité et de gaz, a clairement affiché, mardi 7 juillet, sa volonté de prendre une place dans le nucléaire français et, au-delà, sur le marché de l'énergie, qu'il s'agisse de la production ou de la fourniture.

Eclairage Gerhard Schröder et Joschka Fischer, anciens alliés à Berlin, concurrents dans les pipelines.

Wulf Bernotat juge qu'"une coopération fonctionne bien si les deux partenaires sont sur un pied d'égalité". "Nous souhaitons participer aux nouveaux projets de construction", a-t-il indiqué en évoquant le réacteur EPR de troisième génération : le premier est en construction à Flamanville (Manche) et doit entrer en service en 2012 ; le deuxième, auquel sont associés GDF Suez, Total et l'italien Enel, sera construit à Penly (Seine-Maritime) et raccordé au réseau en 2017.

E.ON pourrait participer à l'un de ces projets pilotés par EDF. Son PDG, Pierre Gadonneix, l'a même demandé aux Allemands. Mais l'Elysée avait évoqué, en février, le lancement d'un troisième EPR, dont la mise en service interviendrait après 2020. C'est celui-là qui intéresse E.ON. "Nous ne serions pas ravis à l'idée de recevoir une participation minoritaire dans un tel projet", a prévenu M. Bernotat, qui veut détenir la majorité ou au moins la "contrôle opérationnel" du troisième EPR.

La France est-elle prête à lui faire autant de place ? EDF veille jalousement sur le nucléaire français. Et GDF Suez a manifesté son intérêt pour ce nouvel EPR. A moins d'un partenariat, la compétition avec E.ON risque d'être rude pour le contrôle de la société exploitant ce réacteur, même si la décision de nommer l'opérateur d'un tel projet revient à l'Etat.

STRAPONTIN

Les Allemands s'agacent de voir la France freiner l'ouverture du marché de l'énergie. Forte de ses fleurons EDF et Areva, elle tente de "dominer" le nucléaire européen en imposant sa technologie et ses exploitants, s'irrite E.ON. Ainsi, outre-Manche, EDF a racheté British Energy à prix d'or pour y développer l'EPR d'Areva.

Comme Enel, privé de nucléaire en Italie depuis le référendum de 1987, E.ON ne peut construire de centrales en Allemagne, où le débat porte sur la prolongation de la durée d'exploitation des réacteurs existants - le dernier doit fermer en 2020. Le groupe s'est tourné vers le Royaume-Uni (en partenariat avec l'électricien allemand RWE), l'Europe de l'Est, la Finlande et la France. Mais un strapontin dans l'EPR serait vécu comme une humiliation - et rejeté par E.ON.

Il existe un malheureux précédent franco-allemand. Siemens a rompu son alliance avec Areva quand Paris a refusé qu'il augmente sa participation dans le capital du français, poussant le conglomérat à rechercher une alliance stratégique avec le russe Rosatom.

Jean-Michel Bezat

Article paru dans l'édition du 09.07.09.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/07/08/l-allemand-e-on-veut-jouer-un-role-important-en-france-dans-le-nucleaire-et-les-energies-renouvelables_1216657_3234.html#ens_id=1216749